Il y a quelques mois et des brouettes - le 3 septembre 2010 pour être exact et fidèle au compteur chrono – Elliot « Rambo Rock » Emery étrennait sa première accred dans l’espace VIP du festival Woodstower. Il en revint tout content avec le compte rendu que l’on sait (édité dans nos colonnes le 15 septembre), une connaissance affermie des toilettes sèches … et la foultitude de questions qui va n’avec : « Mais comment ils ont fait pour organiser ça ? D’après toi ça a coûté combien ? Comment ils ont fait la programmation ? Et pourquoi autant d’assocs présentes ? Et … »
A la 127eme question, j’ai craqué : « Bon OK, on les appelle et on demande une interview ». Quelques heures de boulot et un coup de fil plus tard, notre liste arrivait sur la boite mail de Ben Ancel (oui, oui, celui du MaMA, le chargé de com’ de BEE Records qui, quand il n’est pas chargé de com’, s’investit dans la promotions des labels indépendants et bénévole pour le festival en tant qu’attaché de presse : comme quoi le monde est petit, et sa passion musicale bien ancrée). Ce dernier est donc gentiment parti en quête des réponses que nous cherchions.
Il a eu bien du mérite car dans le genre, nous n’avons pas été très tendres. C’est qu’il y en avait des choses à demander. Pensez donc :
un festival en passe de devenir un rouage incontournable de la scène lyonnaise déjà bien achalandée avec ses Nuits Sonores, de Fourvière et autres manifestations à l’encan ;
une programmation mêlant volontairement et avec audace les stars et les talents émergents dans un indéniable désir de promotion culturelle où se côtoient groupes de rock, troupes de théâtre et amuseurs ;
un engagement écolo et citoyen étalé jusque dans les toilettes (sèches, si vous l’avez pas encore compris, franchement on peut plus rien pour vous), les gobelets et les modes de transports (les navettes de vélos pour se rendre sur site) ;
un travail de sensibilisation extrêmement poussé avec dossier de presse ultra complet – c’est rare d’en voir un aussi abouti, croyez-moi – et développement d’une Tournée des marchés en amont de l’évènement, histoire d’en donner un avant-goût ;
une infrastructure lourde, complexe, mobilisant de nombreux intervenants et bénévoles ;
le tout synthétisé en une affiche détournant la cultissime couverture de l’album London calling des Clashs (ça, fallait quand même oser).
Autant de paramètres justifiant notre légitime curiosité, déjà bien titillée par les multiples festivals que nous avions traversés pendant l’été : méthodes d’organisation, problèmes et obstacles, choix de programmation, budgets, objectifs, retombées, impact sur la vie culturelle, … on ne monte pas ce genre de projet comme on ferait une liste de courses. Il y faut de la volonté, une solide expérience et beaucoup de professionnalisme. A l’heure où se décide la session 2011, retour sur les rouages d’une mécanique culturelle. L’occasion de saisir le pourquoi du comment …
Woodstower, festival phare de la vie culturelle lyonnaise
- En quoi le festival Woodstower joue-t-il un rôle essentiel dans la vie culturelle lyonnaise ?
Le Festival Woodstower se positionne comme un festival pluridisciplinaire et eclétique de l’agglomération lyonnaise. On y retrouve si bien des concerts de musiques actuelles de tous styles (rock, reggae, electro, musiques du monde, ...) que des spectacles d’arts de rue (théâtre, cirque). Le fait qu’il se déroule sur le 1er week end de septembre en fait également l’événement culturel de la rentrée, où les professionnels et le public se retrouvent d’une manière quasi systématique.
- Rock, théâtre de rue, … le festival mêle des domaines multiples. Visez-vous ainsi à décloisonner le monde des arts pour initier de nouvelles formes d’expression ?
Le mélange des disciplines a toujours été une vraie volonté, depuis les premières éditions du festival. L’idée de pouvoir faire venir du public pour une tête d’affiche et proposer un contenu différent, surprenant, nous parait quelque chose d’intéressant oui.
- L’année dernière, la Dub Incorporation était à l’affiche, pourquoi ce changement brutal de style musical ?
Le festival n’étant pas spécialisé sur une esthétique musicale précise, ça permet ce genre d’écarts. Si on remonte en arrière, on peut voir qu’ont joué sur la même édition Dub Inc et Peaches, Keziah Jones et Svinkels, Tété et Asian Dub Foundation, Mano Solo et Max Roméo... Cette année, la soirée Archive, Doherty, Arno était vraiment magnifique, une proposition artistique de premier choix. Le lendemain, on a eu une soirée plus familiale avec Olivia Ruiz, Jeanne Cherhal et Luke.
- Arno, Pete Doherty, Archive … : comment sélectionnez-vous les têtes d’affiche présentes ? Quel public visez-vous ?
Le choix des têtes d’affiches résulte d’une alchimie, entre volonté des programmateurs, disponibilités des artistes, cohérence du plateau proposé. Nous visons un public très large, des teenagers aux quadras / quinquas. Nous avons même été surpris du succès « familial » de la soirée du samedi 4/09, on a eu plus de 200 enfants de moins de 12 ans. Un succès populaire !
- Le festival de Woodstower a pour vocation de mettre en lumière les jeunes talents de la scène rock lyonnaise. Quelles tendances se dégagent de la cession 2010 ? Selon vous, sont-elles spécifiques à l’univers culturel de votre ville ou reflète-t-elle une créativité nationale ?
On n’a pas vocation aux découvertes rock particulièrement. Si on regarde sur l’ensemble des 5 dernières éditions, on a permis a des formations / artistes tels que Siméo, Carmen Maria Vega, Karimouche, Koumekiam de se produire sur une grosse scène lyonnaise, pour la première fois bien souvent. Cette année, le mix chanson (Suissa) / slam (Lee Harvey Asphalte) / hip hop (Fowatile) / electro (Peau) a une nouvelle fois bien fonctionné. Je pense qu’on peut se vanter, et profiter, d’avoir une scène productive en Rhône-Alpes, on a un vrai vivier de jeunes talents qui ne demandent qu’à exploser sur le plan national. On fait partie de leur aventure.
- Sur quel critère choisissez-vous les jeunes talents présents lors du festival ?
C’est un boulot à l’année que d’être en veille sur les jeunes artistes de la région, qu’on a le loisir de découvrir sur des scènes moins importantes tout au long de la saison. Des structures comme l’Epicerie Moderne, Bizarre, Le Marché Gare, Tagada Tsoin Tsoin (antenne Rhône-Alpes du Printemps de Bourges), les quelques cafés concert qui subsistent à Lyon nous permettent de découvrir ces artistes dont certains sont sélectionnés en fonction de l’artistique, mais aussi de l’avancée dans leur développement de carrière. L’idée n’est pas d’inviter un jeune groupe qui n’a pas de projet, dans la mesure où on offre une réelle opportunité de se faire repérer...
- Woodstower existe depuis un peu plus d’une décennie. Qui est à l’origine de ce projet ?
C’est comme pour bien d’autres festivals, c’est l’histoire d’une bande de potes qui s’est réuni autour d’un méchoui, dans la forêt, avec quelques musiciens et canettes. Très vite, la mairie de la Tour de Salvagny a permis d’organiser le festival officiellement dans l’hippodrome de la ville... Puis après s’être fait expulser (au profit d’un festival de country) en 2004, plusieurs rencontres ont permis de s’installer au Grand Parc Miribel Jonage, avec qui la collaboration est plus forte d’année en année, un grand merci à eux au passage.
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